News Climat et biodiversité, deux facettes d'une même tragédie

Contrairement au dérèglement du climat dont les effets sont visibles, la disparition des espèces se déroule à notre insu. Tel un véritable assassinat en série perpétré par un tueur silencieux.

Concerned URL https://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/Climat-et-biodiversite-deux-facettes-d-une-meme-tragedie/10092054.html?fbclid=IwAR0KfVwFj1Q79AxzWyjCO7cg70rC4QrC1L5RYgCjKX2chs8rV1rjfb-8QbI
Source L'Echo
Release date 07/02/2019
Contributor Longin Ndayikeza
Geographical coverage Belgique
Keywords Biodiversité, changements climatiques

Esmeralda de Belgique Écrivain, présidente du Fonds Léopold III: 

"Nous abandonnons notre enfance pour nous battre pour notre avenir" crient les écoliers en grève pour le climat. Le mouvement initié par l’adolescente suédoise Greta Thunberg a fait tâche d’huile en Europe, aux Etats-Unis et en Australie. À Bruxelles, la semaine dernière, les jeunes étaient 35.000 dans les rues pour dénoncer la passivité des politiciens face au changement climatique.

Le mouvement Extinction Rebellion qui a vu le jour en Angleterre en octobre dernier prônant une action sociale non violente pour l’environnement est aujourd’hui présent dans 13 pays et ses actions se multiplient. Les citoyens se mobilisent contre les deux grandes menaces pour notre existence: le changement climatique et la diminution de la biodiversité.

Ces phénomènes constituent les deux faces d’une même pièce. Mais contrairement au dérèglement du climat dont les effets sont visibles, la disparition des espèces se déroule à notre insu. Tel un véritable assassinat en série perpétré par un tueur silencieux.

Selon les scientifiques, la biodiversité diminue à un rythme mille fois plus rapide qu’au temps où les humains ne dominaient pas encore la planète. Le dernier rapport du WWF fait mention de 60% de vertébrés disparus en 40 ans. Le nombre des éléphants, rhinocéros et lions ayant chuté de 95% en 100 ans. La sixième extinction de masse est en cours.

Nous déplorons la disparition des grands mammifères… mais il est tout aussi tragique de perdre les abeilles ou autres insectes dont la population décroît vertigineusement, entraînant l’érosion des écosystèmes. Après tout, comme remarque Lord May, de la Royal Society de Londres: "Ce sont les petits éléments qui gouvernent le monde comme les microbes et les bactéries".

Effet domino

Les milliers de liens virtuels et innombrables interactions entre les organismes créent une structure aussi complexe qu’équilibrée au sein des écosystèmes. La disparition d’une espèce déclenche un effet de domino. Celle d’un végétal risque de provoquer l’extinction de l’espèce animale qui s’en nourrit, ou inversement, entraînant à son tour la disparition d’une autre espèce animale qui en dépend. Dans la forêt vierge de Porto Rico par exemple, les ornithologues ont constaté qu’avec le déclin brutal des insectes, les oiseaux avaient disparu.

Il existe aussi ce que l’on appelle le phénomène d’extinction horizontale observé dans une étude récente de l’université d’Exeter. Une espèce de guêpes ayant disparu, la population de petits insectes s’est multipliée à tel point qu’une autre espèce de guêpe, dans l’impossibilité de trouver sa nourriture a elle aussi disparu.

La biodiversité est l’élément vital de notre planète. Elle nous fournit l’oxygène, la nourriture, l’eau fraîche, les médicaments, sans parler des bénéfices mentaux que la nature nous offre. Les forêts et les océans absorbent le CO2 et de ce fait régularisent le climat. On estime que chaque arbre des régions tropicales capte environ 7 kilos de gaz carbonique par an et que les océans engloutissent une quantité égale à la moitié des émissions de tout le secteur des transports.

Mais nos forêts et nos océans sont menacés par l’activité humaine. La déforestation pour cause d’expansion agricole ou d’exploitation illégale du bois est en augmentation en Afrique Centrale, en Amérique du Sud et en Asie. Nous perdons 7,5 millions d’hectares de forêts chaque année, l’équivalent de 27 terrains de football par minute!

Quant aux océans, nous les traitons de manière irresponsable. Nous prétendons qu’ils nous fournissent indéfiniment de la nourriture et au même moment nous déversons des tonnes de plastique et de produits chimiques et pratiquons la surpêche. Alors même que 70% des océans n’ont pas encore été explorés, cet écosystème est entièrement menacé.

Tragédie pour notre planète qui perd des espèces que nous n’avons même pas encore découvertes! "Nous brûlons des bibliothèques entières sans prendre la peine de cataloguer leur contenu" a conclu un scientifique. Les experts estiment en effet qu’il existe environ 6,5 millions d’espèces sur terre et 2,2 millions dans les océans, or nous n’en avons découvert que 1,9 million…

Aires protégées

Alors que faire pour éviter la catastrophe annoncée?

Il faut définir davantage d’aires protégées, et cela réellement et non uniquement sur papier. Ces réserves doivent tenir compte des besoins des populations locales, respecter les droits de celles-ci mais aussi les impliquer dans les projets de conservation. Il y a en effet beaucoup à apprendre des communautés autochtones qui vivent en harmonie avec la nature depuis des siècles. Il faut changer notre manière de consommer et surtout changer de paradigme. Notre modèle économique et politique nous mène tout droit dans le mur tant d’un point de vue social qu’environnemental.

"Le temps des mesures correctrices est passé", affirme Antoine Lebrun, CEO de WWF Belgium. "Nous n’avons que très peu de temps pour inverser la tendance. Nous appelons à un ‘New Green Deal’, un pacte social, économique et environnemental qui pose la protection des ressources naturelles comme condition préalable à notre prospérité."

Cela les étudiants et les citoyens semblent l’avoir compris. Lutter pour le climat et la biodiversité c’est avant tout lutter pour notre survie.