L’Etat De La Diversité Biologique Dans Les Milieux Aquatiques Et Terrestres Du Delta De La Rusizi.

Jusqu’au siècle dernier, la plaine de la Rusizi était une zone naturelle à peine perturbée par l’homme. Stanley, qui a visité la région dans les années 1875, décrit la plaine comme une zone inhospitalière, pleine d’animaux sauvages (buffles, éléphants, phacochères, etc.) et pratiquement non habitée, probablement à cause de l’abondance de mouches tsé-tsé, schistosomes, à l’origine de diverses maladies.

Depuis les années 1950, l’autorité coloniale commençait à installer des paysannats et introduisait des cultures comme le riz, le coton et le café. Très vite, ces installations ont conduit à la dégradation du milieu naturel. On détruisit ainsi presque totalement la végétation naturelle tout en exterminant la plupart de grands mammifères.

A la suite de la création de l’Institut National pour la Conservation de la Nature (INCN) en 1980, devenu Institut National pour l’Environnement et la Conservation de la Nature (INECN) en 1989, la Réserve de la Rusizi a été créée, mettant sous protection environ 8000 ha. En 1990, la Réserve Naturelle de la Rusizi est déclarée « Parc National » avec 2 parties séparées géographiquement, le Secteur Palmeraie et le Secteur Delta.

Le secteur Delta, au contact avec la côte Nord du lac Tanganyika, est en quelque sorte le prolongement semi- inondable de la zone littorale lacustre. Il a une superficie d’environ 1000 ha. D’après les catégories de protection de l’IUCN, cet espace est considéré maintenant comme une Réserve Naturelle Gérée avec objectifs de gestion suivants:

- gestion de la végétation en vue de favoriser l’augmentation de la population de grands mammifères, de grands reptiles et autres animaux;

- création et sauvegarde des conditions favorables aux populations d’oiseaux résidents et migrateurs, aquatiques et terrestres;

- maintien d’une zone de reproduction des espèces de poissons de la partie nord du lac Tanganyika;

- diminution de la pollution du lac Tanganyika par le maintien d’un tapis végétal épurateur des sédiments;

- création des conditions favorables pour le tourisme et les activités éducatives;

- exploitation durable de certaines ressources par la population riveraine.

Pour atteindre ces objectifs, une connaissance globale des richesses biologiques tant floristiques que faunistiques et des facteurs écologiques qui les contrôlent est d’importance capitale. C’est dans cette optique que cette étude est menée dans le cadre du Projet sur la Biodiversité du Lac Tanganyika (PNUD – RAF/92/G32).

L’étude porte donc, d’une part sur le secteur Delta du Parc avec pour objectif d’établir une carte de la répartition de la végétation et de la faune et, d’autre part sur la zone littorale lacustre, pour y évaluer l’état de la biodiversité de la faune piscicole. Les interactions entre ces deux écosystèmes contigus et par endroits imbriqués seront analysées.

Ce travail comprend 3 parties principales. Après cette introduction générale, le premier chapitre traite de la situation du delta de la Rusizi dans son ensemble géographique, historique, hydrologique et climatique, pour mieux comprendre les conditions écologiques qui prévalent dans les biotopes terrestres et semi-inondables du Parc, et dans le littoral lacustre.

Dans le deuxième chapitre, nous passons en revue la flore et la faune dans le secteur Delta du Parc, c’est-à-dire dans les écosystèmes terrestres et semi-inondables. Le troisième chapitre traite de la faune piscicole dans la zone littorale du lac Tanganyika contigue au Parc. Dans les deux chapitres, nous nous intéresserons à la fois aux inventaires biologiques et à l’évaluation de la diversité biologique. Le travail se termine par une conclusion générale.