Le niveau du lac reste élevé malgré la fin de la saison sèche

Le niveau des eaux du lac Tanganyika reste élevé. En fin de saison sèche, le niveau des eaux aurait dû baisser plus et les eaux auraient dû se retirer plus pour rentrer dans leur lit habituel. Les riverains vivent la peur au ventre. Dans ce numéro, on revient sur la situation et les pistes de solution pour protéger les infrastructures riveraines.

Nous sommes à la fin de la saison sèche et pourtant les eaux du lac ne sont pas retournées à leur niveau de l’année passée, en août 2019. C’est sur la plage de l’hôtel Safari Gate, à la terrasse appelée les Paillotes, que nous avons tenté d’évaluer le niveau des eaux. Selon nos constations à cet endroit, le niveau des eaux a baissé d’environ 40 cm par rapport à fin mai dernier. C’est peu, car habituellement, durant les trois mois de saison sèche et l’évaporation, les eaux  reculent de 80 cm à un mètre en moyenne. On peut donc s ‘étonner voire s’inquiéter. Le lac est-il en phase ascendante depuis 2 à 3 ans comme Burundi Eco l’a rappelé dans plusieurs articles ? Il est difficile de répondre à cette question car, à ce jour nous n’avons pas réussi à trouver le graphique des niveaux du lac des 3 dernières années. Il est curieux de constater qu’aucune autorité publique ne publie systématiquement le niveau des eaux du lac. Face à ce déficit d’informations publiques rendant difficile l’observation du phénomène, Burundi Eco lance un appel aux autorités et à toute personne susceptible de détenir ces données.

Mais revenons à nos observations de la situation présente. Un reporter de Burundi Eco s’est rendu ce lundi 14 septembre sur les rives du lac à Bujumbura. Durant la visite qu’il a effectuée sur le littoral. Certaines plages sont toujours envahies par les eaux. D’autres sont inaccessibles. On cite à titre d’exemple Lacosta Beach, Saga Vodo, Zion Beach, Safari Gate, Safi Beach, etc. Pas mal d’infrastructures sont encore sous l’eau. On n’y trouve que des sentinelles. Les propriétaires des maisons ont vidé les lieux. Dans le quartier Kinindo Ouest sur les avenues Ruhuhuma, Ntwarante, Ndamukiza, Rusama et Beraka, les eaux du lac se sont un peu retirées mais subsistent néanmoins à de nombreux endroits. la population riveraine vit la peur au ventre du fait que les eaux de ce réservoir d’eau douce peuvent à tout moment remonter jusqu’à un niveau effroyable. Ce calvaire la pousse à penser à s’adapter à cette crue persistante.

Des stratégies pour empêcher les eaux du lac à inonder l’avenue Nzero

Ceux qui empruntent l’avenue Nzero située au quartier Kinindo Ouest de la commune Muha sont en train de relever la hauteur de cette avenue qui était impraticable ces derniers mois, jusqu’en mai. On a mis du sable tout le long de cette avenue pour la surélever. Ces travaux ont été initiés dans l’optique d’empêcher les eaux du lac à inonder cette avenue afin de la rendre accessible. Mais si le chemin était peut-être préservé, ce ne sera pas le cas des maisons que le bordent. Les habitants qui se sont entretenus avec Burundi Eco font savoir aussi qu’il y a de nouvelles stratégies adoptées pour construire des maisons à cet endroit. Actuellement, on relève la hauteur des fondations jusqu’à un niveau non négligeable pour empêcher les eaux de pénétrer l’intérieur des maisons. Ces derniers mois, certaines infrastructures riveraines ont été inondées. Ce sont à titre d’exemple « Paradise appartments hotel » situé à l’avenue Nzero du quartier Kinindo Ouest.  Selon les témoignages recueillis à cet endroit, cet hôtel était presque fermé ces dernières semaines suite à l’arrivée des eaux à son rez-de-chaussée.

Au restaurant de l’hôtel Safari Gate appelé les Paillottes, l’eau a reculé libérant un mètre au sol, le niveau semble avoir baissé de 40 cm. Néanmoins, certaines paillotes et les toilettes de ce restaurant sont encore sous l’eau. Les serveurs rencontrés à cet endroit font savoir que la montée des eaux a perturbé leurs activités économiques. La gérante de ce restaurant craint que la saison des pluies qui s’annonce ne crée à nouveau une inondation des cuisines. Cette infrastructure risque de rester encore sous l‘eau.

A Safi Beach, il s’observe aussi que les eaux ont quelque peu baissés libérant un mètre de plage de sable. Ces derniers mois, son propriétaire était dans la désolation suite à la montée des eaux qui faisait qu’il travaillait à perte. Les activités ont été paralysées, car cette plage a été à 90% envahie par les eaux du lac. Il craint de se retrouver dans la même galère, car la saison des pluies s’annonce.

A Gatumba, les quartiers Mushasha I et II encore sous l’eau

Dans la Zone Gatumba, commune Mutimbuzi de la province Bujumbura, des eaux stagnantes s’observent surtout dans les quartiers Mushasha I et II ainsi que Gaharawe. Cependant, il n’y a pas actuellement d’eau stagnante dans les quartiers Kinyinya I et II, Muyange I et II, Warubondo ainsi que Vugizo. Pour cette raison, le gouvernement a décidé de délocaliser définitivement les habitants des quartiers où il s’observe encore des eaux stagnantes.

Respect de la zone tampon, une solution efficace

Albert Mbonerane, ami de la nature et expert du lac et des règlementations de protection de l’environnement demande à la population de respecter la zone tampon de 150 m, car ceux qui sont affectés par la montée des eaux du lac sont des gens qui ont construit ou cultivé dans cette zone tampon en foulant du pied le Code de l’Eau. Il précise que l’implantation de nouveaux quartiers doit être précédée par des études de faisabilité effectuées par l’OBUHA afin de ne pas s’exposer aux risques potentiels. Les limites du lac n’ont pas toujours été les mêmes que celles aujourd’hui. Ceux qui ont vécu à Bujumbura il y a une trentaine d’années le savent. L’histoire nous apprend que les eaux du lac Tanganyika n’ont jamais été stables. Des périodes de fortes pluies occasionnant la montée des eaux du lac ont été légion depuis belle lurette. Vers les années 1963, Mbonerane fait remarquer que les eaux du lac ont monté jusque là où sont érigées les infrastructures de la Radio Télévision Nationale du Burundi (RTNB).

Pour éviter le désastre aux riverains de ce lac, le gouvernement n’a pas baissé la garde. Il a mis en place le Code de l’Eau et d’autres textes dont l’objectif était de sauvegarder l’environnement. Le code de l’eau en son article 5 stipule qu’il est interdit de construire dans les 150 m à partir du niveau le plus élevé des crues du lac Tanganyika. Pour ses affluents, il faut respecter 25 m, pour les lacs du nord 50 m et 5 m pour les rivières de l’intérieur du pays. Nonobstant, voilà que les gens ne cessent de s’accaparer de la zone tampon sur tout le littoral du lac pour y ériger de luxueuses villas. En juillet 2011, le parlement burundais s’était penché sur la question des constructions anarchiques érigées au bord du lac Tanganyika. Des descentes sur terrain  se sont multipliées pour s’enquérir de la situation. Néanmoins, les maisons n’ont jamais cessé d’y pousser comme des champignons en contradiction avec la législation et les règlementations. De nombreux observateurs s’interrogent sur l’inaction des services de l’urbanisme et sur le laisser-aller des autorités publiques responsables de l’application et du respect des lois en matière de constructions.

Au restaurant de l’hôtel Safari Gate, certaines paillotes et toilettes sont encore sous l’eau.
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